RETABLIR LE DEBAT EUROPEEN
Certes, me direz-vous, il y a eu la période estivale qui éclipse naturellement les débats de portée politique d'autant plus que les vacances n'ont pas été si catastrophiques, aux dires des professionels, malgré le côté pressant des problématiques de pouvoir d'achat. Nous reviendrons plus longuement sur cet aspect mais il faut retenir qu'une partie de l'actualité n'est pas déconnectée du combat souverainiste.
En effet, à travers le décès en exercice des dix militaires français en Afghanistan au sujet duquel nous n'avons rien à redire de plus que la nécessité d'un appel à la loyauté nationale, c'est la pertinence du choix militaro-diplomatique et les raisons réelles de cet interventionnisme.
Or, si l'on peut croire en la nécessité de former une armée afghane régulière ainsi que d'une surveillance des camps de formation des talibans "originaires" d'Europe, on peut douter de la nécessité de s'enliser dans le pays qui a-c'est son seul aspect positif-fait reculer l'armée rouge- en pleine période de décroissance et de refonte de la carte militaire. Or, la question s'inscrit clairement dans le traité de Lisbonne, reprenant l'essentiel des dispositions du TCE, à travers l'exigence du "cadre de l'OTAN" comme le fondement de leur défense collective et l'instance de leur mise en oeuvre.
Par ailleurs, bien que lui reconnaissant plusieurs aspects positifs, notamment sur la possibilité pour les distributeurs de négocier de nouveaux tarifs auprès des producteurs, je me suis opposé à la loi LME, car, comportant des dispositions trop favorables aux grandes surfaces, elle risquait d'entraîner des effets néfastes sur les petits commerces et la vitalité des territoires, à l'origine des "cercles vertueux". D'ailleurs, l'idéal réside plutôt dans la diminution d'intermédiaires et je redis à ce sujet la double vision souverainiste : intéressement et PME enracinée comme solutions de réconciliation du capital et du travail. La question du RSA-dont nous ne rejetons pas le principe d'ailleurs mais le financement-mérite une clarification car il risque d'aggraver l'exode du capital et touche durement les "classes moyennes" du pays réel.
Concernant le débat sur les OGM, tous les cadres du débat avaient été fixés par la directive 2001/18/CE de la Commission, insatisfaisante à maints égards, en raison notamment de la capacité de dissémination et de la quantité croissante de bovins alimentés indirectement par ce biais.
Sur un plan institutionnel maintenant, on a beaucoup parlé du récent vote du Congrès et des "marchandages" opérés avec des parlementaires réticents de la majorité. Je n'entrerai dans ce débat que sur la question du verrou referendaire dont l'absence ouvre de facto la voie à l'entrée de la Turquie avec laquelle les négociations d'adhésion se poursuivent par ailleurs aujourd'hui.
Cela s'inscrit pleinement dans le cadre de l'"Union sans cesse plus étroite", dont nous combattons logique à face double d'intégration supranationale et d'élargissement sans fin.
En tout cas, déjà contributeur net de l'Union européenne (nous reparlerons plus tard de l'utilité des subventions agricoles), notre pays en verra ses finances publiques encore plus menacées. A ce propos, nous nous inscrivons en faux contre le Pacte de Stabilité issu du traité de Maastricht, non pas parce qu'il incite les Etats à réduire leur déficit public (chose évidemment nécessaire en France) mais parce qu'il obère une politique de nécessaire réduction des prélèvements obligatoires.
Il est en effet une subtilité que les hauts fonctionnaires de Bruxelles ne maîtrisent manifestement pas : les dépenses en faveur des entreprises ne s'apparentent pas à des dépenses d'assistanat mais à des dépenses en faveur de l'activité économique entraînant nécessairement un gros retour sur investissement. D'ailleurs en France, compte-tenu du haut niveau des charges sociales, il suffirait d'intervenir en faveur d'une baisse de celles-ci pour réconcilier les libéraux orthodoxes avec les souverainistes authentiques dont nous sommes.
J'ai d'ailleurs la faiblesse de croire que la "TVA sociale" préconisée par les programmes souverainistes constitue la meilleure solution de réduction des charges sociales, répecutant le coût de la protection sociale de nos entreprises vers les produits d'importations, ce qui implique là encore une refonte de la politique de l'Union européenne.La refonte de la carte militaire serait l'occasion d'expérimenter cette logique grâce à cela un système de "zone franche" dans les villes touchées par la suppression d'unités.
Cette question concerne directement les aides aux entreprises bien sûr mais aussi la question de l'harmonisation de la fiscalité sur les carburants en faveur des pêcheurs, routiers, taxis ainsi que l'aide au renouvellement d'un équipement plus économe en ressources énergétique et ne saurait se limiter aux charges sociales.
Concernant la politique de la BCE caractérisée par ses taux d'intérêt forts et récemment réévalués, à la finalité louable de combattre l'inflation, elle a été combattue verbalement par le président en exercice de l'UE peu après sa prise de fonction. ll convient de rappeler que l'"euro fort" entraînait de facto déjà une hausse des prix avant l'apparition de l'inflation et que surtout, cette dernière s'apparente davantage à une "'inflation de pénurie" qu'à une inflation de "surchauffe économique". Or, par le libre-échangisme d'autant plus dangereux qu'il s'est accompagné de l'abandon du principe de la préférence communautaires, la politique de l'UE a aggravé le risque de délocalisations, lesquelles délocalisations sont directement à l'origine de l'exportation de notre appareil industriel ainsi que de notre mode de vie consumériste qui raréfie mécaniquement les ressources naturelles planétaires.
Cela est d'autant plus grave que la Politique Agricole Commune, bien avant son tournant de 1992, a encouragé une agriculture productiviste, au détriment d'une agriculture vivrière, fortement consommatrice en argent public comme en ressources énergétiques: n'a-t'elle pas contribué à l'accroissement de la proportion d'alimentation bovine à base de céréales souvent exportées d'Amérique du Nord patissant de l'inflation du carburant? L'inflation alimentaire s'explique autant par la raréfaction que par l'intensification.
Face à la pénurie génératrice d'inflation qui se traduit aussi sur le plan alimentaire, il importe de remettre fondamentalement en cause la politique d'assistanat agricole introduite par la réforme de la PAC de 1992 en veillant notamment au déblocage des jachères comme cela a été promis. Mais il importe aussi de repenser celle-ci en limitant les importations, dont le coût direct lui-même va augmenter en fonction de la raréfaction des matières premières et de réinventer une France paysanne à travers une agriculture "vivrière" qui, d'ailleurs, épuise moins les sols.
Et puisque nous parlons alimentation, nous attendons avec impatience la concrétisation de la promesse de baisse de la TVA sur la restauration à 5,5% promise par les pouvoirs publics français depuis longtemps.
Puisse Nicolas Sarkozy sur ce point comme sur d'autres faire entendre raisons à ses partenaires européens pour le plus grand bien de tous. Car, à partir du moment où le même Nicolas Sarkozy entend généraliser le champs de l'unanimité à travers la poursuite désormais illégale du processus de ratification du traité de Lisbonne, tout repose sur sa capacité de persuasion..à supposer qu'il soit sincère bien sûr.
C'est pour cela que nous réclamons non seulement une révision des politiques communautaires dans les domaines invoquées mais aussi la mise en place de certaines mesures comme la reconnaissance d'un droit de non-participation à une politique communautaire et la prise en compte automatique des consultations populaires dans l'"avancée" de la construction européenne.
Il est probable que nous soutiendons ceux qui présenteront l'alternative souverainiste la plus crédible, crédibilité que nous évaluons notamment par rapport à l'action locale de ceux qui déclinent les idées souverainistes au sein de leur territoire.
En effet, à travers notre vision du "souverainisme enraciné", ce n'est pas l'"Etat-Providence" d'obédience jacobine que nous défendons mais plutôt les terroirs qui constituent les nations européennes, dans leur vitalité et leur identité et dont l'adversaire principal constitue aujourd'hui cette Union européenne libérale au mauvais sens du terme-dans sa dimension libre-échangiste-mais surtout dogmatique et uniformisatrice. Nous saisirons donc l'occasion des élections européennes pour défendre l'idée d'une France des régions et des terroirs dans une Europe des nations.